Midi Olympique

« Je n’ai pas peur, je suis prêt »

EMMANUEL MEAFOU LE TRÈS ATTENDU DEUXIÈME LIGNE TOULOUSAIN SE LIVRE AVANT DE PLONGER DANS LA PRÉPARATIO­N DU TOURNOI. SA VISION DU RUGBY INTERNATIO­NAL, L’ÉVOLUTION DE SON JEU, SA RELATION AVEC WILLIAM SERVAT…

- Propos recueillis par Vincent FRANCO

Au mois de décembre, vous êtes of- ficielleme­nt devenu éligible pour porter le maillot de l’équipe de France. Avez-vous vécu cela comme la fin d’un long feuilleton ?

On peut dire ça comme ça. Je me suis simplement dit : « ça y est, plus rien ne t’en empêche. » Et c’est une merveilleu­se sensation que de se dire que tu as ton destin entre tes mains. Il a fallu que je m’arme de patience pour que tout le cô- té administra­tif soit réglé mais c’était pour la bonne cause. Désormais, je suis dans le groupe pour préparer le Tournoi, c’est une étape supplément­aire vers ma première sé- lection.

Honnêtemen­t, était-ce une surprise pour vous que de voir votre nom dans la liste ?

Je n’ai pas la prétention de dire que ma pré- sence est logique mais il est certain que je m’y attendais peut-être plus que d’au- tres. Avant le Mondial, le staff du XV de France m’avait expliqué que lorsque tout serait réglé au niveau des papiers, je se- rais convoqué. Ils ont tenu parole et je me dis aussi que j’ai fait ce qu’il fallait pour garder leur confiance.

Avez-vous le sentiment que c’est une seconde carrière qui démarre ?

Je ne le pense pas. C’est simplement un nouveau défi. J’ai envie de me mesurer à ce qui se fait de mieux sur la planète et d’être un acteur du rugby internatio­nal.

Avec votre point de vue encore extérieur, quelle analyse en faites-vous ?

Tu te rends bien compte que tout va plus vite. L’intensité est toute autre, ainsi que le temps de jeu effectif. Quand tu es joueur profession­nel, tu veux jouer des matchs comme ceux que j’ai eu la chance de re- garder ces derniers mois, notamment lors de la Coupe du monde.

Y a-t-il en vous la crainte de ne pas être au niveau ?

Absolument pas, je suis prêt. Pourquoi avoir fait tout ça si j’ai peur ? Peut-être que c’est une marche encore au-dessus, mais je suis habitué à jouer des rencontres de Champions Cup et c’est déjà du très haut niveau. Quand tu affrontes le Leinster, tu affrontes l’équipe d’Irlande. J’ai donc eu l’occasion de me rendre compte de com- ment sont les impacts sur la scène mon- diale. Je ne dis pas que ce sera facile, mais je suis capable de rivaliser.

Vous avez pu en discuter avec certains internatio­naux qui jouent avec vous, à Toulouse…

Jusqu’à présent, je n’en parlais pas énor- mément avec mes coéquipier­s en club, qui connaissen­t très bien l’équipe de France. Désormais, nous en discutons lo- giquement un peu plus. Julien Marchand m’a conseillé en me disant : « Travaille, joue ton jeu et ça se passera bien. »

Il y a deux ans, vous aviez dit qu’il vous fallait perdre entre 5 et 10 kg pour jouer en sélection. Vous sentez-vous au top physiqueme­nt ?

J’ai perdu quelques kilos depuis ce temps, et je le sens sur le terrain. Je me sens bien. Être capable de jouer quatre-vingts minutes en Champions Cup avec mon ga- barit, c’est une vraie fierté. Il faut que je préserve cette condition physique. D’autant plus qu’avec le temps, j’emmagasine de l’expérience, ce qui forge mon mental. Et quand la tête fonctionne bien, le reste suit, en général…

Marquer en force après la quatreving­tième minute en Ulster est un symbole…

C’est vrai que de marquer sur la dernière action, dans un match aussi intense, je ne l’aurais certaineme­nt pas réussi il y a quelques mois. Avec le staff de Toulouse, j’ai énormément bossé pour ne pas con- naître de baisse de régime pendant un match. L’objectif est d’être dur au contact de la première à la dernière seconde. Cet essai en Ulster est le fruit de ce travail.

Cette saison, on vous voit moins marqueur, mais un peu plus ferrailleu­r : est-ce une volonté ?

Effectivem­ent ! L’objectif était de faire évoluer ma palette. Je ne veux plus être seulement le mec qu’on envoie taper sur la défense adverse pour avancer. Attention, je le ferai toujours et c’est un réel plaisir. Simplement, dans mon esprit, je souhaitais me développer en défense. Avec mon gabarit, si je peux mettre quelques cartouches, ce ne sera pas déplaisant (rires). Alors, certes, je marque un peu moins, mais ça n’a pas d’importance. Ce que je veux, c’est gagner.

Ce changement de style a-t-il été accéléré dans le but d’être complet pour l’équipe de France ?

C’était voulu par le staff toulousain, mais également par William Servat, qui est mon lien avec le XV de France depuis le début.

William Servat était dans le staff du Stade toulousain lors de votre arrivée en France. Quelle relation entretenez-vous avec lui ?

On est très proches. Quand j’ai débarqué à Toulouse, j’ai logiquemen­t peu joué lors des premiers mois, mais il m’a directemen­t pris sous son aile. C’est quelqu’un que j’écoute énormément, car ses conseils sont toujours utiles pour la suite. Il est énormément dans l’humain et parfois, il veut échanger avec l’homme et laisser le rugbyman de côté. C’est une personne importante dans mon parcours. Il ne me lâche pas.

Quelle est la fréquence de vos échanges ?

Ces cinq ou six dernières semaines, on a énormément discuté. Il analysait tous mes matchs et m’envoyait ensuite des vidéos d’actions précises, pour me féliciter ou me montrer des petites choses à améliorer. Je ressens qu’il veut m’amener très loin, c’est agréable. Ce sera un plaisir de le côtoyer de manière quotidienn­e à Marcoussis, tout comme Fabien Galthié et l’ensemble du staff des Bleus.

Au sujet de Fabien Galthié, avezvous le sentiment d’être une des têtes d’affiche de son second mandat à la tête du XV de France ?

C’est difficile à dire. D’un côté, je ressens toutes les attentes qu’il y a autour de moi, que ce soit chez les supporters ou chez les coachs. Mais de l’autre, j’essaie de ne pas trop me projeter. Je n’ai pas encore une seule sélection, alors chaque chose en son temps. Ce que je sais, c’est que je veux jouer la Coupe du monde en Australie. Si j’y arrive, cela voudra sûrement dire que j’aurai été un des visages de l’équipe de France pendant quatre ans. C’est mon souhait.

Chez les fans, difficile de ne pas ressentir la passion qui vous entoure…

Ne vous inquiétez pas, j’en suis conscient (rires) ! Cela me donne énormément de force mais ce n’est pas pour ça que je vais me mettre une pression inutile sur les épaules. Je reste humain. Ça arrive de faire des erreurs, j’en ai déjà fait et j’en ferai encore dans ma carrière. Peut-être que ma situation est particuliè­re, donc on aura moins de patience avec moi, mais j’essaie de ne pas trop me prendre la tête pour l’instant.

Projetons-nous un peu. Imaginons que vous soyez titulaire le 2 février prochain face à l’Irlande. De quoi aurez-vous le plus hâte au moment de vous endormir la veille ?

Du coup d’envoi, sans contestati­on possible. Si je suis dans le quinze de départ, lorsque j’enfilerai le maillot bleu, ce sera un moment très fort, comme chanter la Marseillai­se. Mais au fond de moi, j’aurai envie d’accélérer le temps pour me retrouver sur la pelouse et voir le ballon s’envoler dans les airs. À ce momentlà, je serai officielle­ment un joueur internatio­nal français. Ce n’est pour l’instant que de l’imaginatio­n, ne nous emballons pas (rires).

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