La Montagne (Thiers-Ambert)

Robots humanoïdes : « On a encore dix ans pour fixer des limites »

Tokyo acueille ce 29 mai le « Humanoid summit », un rendez-vous consacré aux robots humanoïdes. Quel rôle joueront-ils demain ? Vont-ils nous remplacer au travail ? Faut-il en avoir peur ? Nous avons posé ces questions à Nicolas Halftermey­er, membre du ju

- PrOpOs recueillis par Tanguy Ollivier Tech · Robots · Futurology · Technological Singularity · Roboethics · Singularitarianism · Domestic Robots · Elon Musk · China · United States of America · South Korea · France · Renault Co · RoboCup

Qu’est-ce qu’un robot humanoïde ?

C’est un robot qui fait la même taille que nous, qui nous ressemble avec deux bras, deux jambes et nous aide dans des tâches extrêmemen­t variées. En 2005, sont apparus les premiers robots capables de fonctionne­r et marcher. Ils coûtaient autant qu’un hélicoptèr­e, à peu près 2 millions d’euros. Il y a dix ans, on a vécu une révolution avec les premiers humanoïdes accessible­s, notamment avec les robots Nao et Pepper sur lesquels j’ai travaillé. Nous en avons construit une dizaine de milliers, à un prix situé entre 10.000 et et 20.000 euros. Le fantasme c’est de croire que les prix vont encore baisser et qu’on aura bientôt des robots

Elon Musk a donné un coup de boost en disant à tout le monde : “Je vais commercial­iser un robot”

à la maison. Mais cela reste un fantasme.

La recherche a vraiment accéléré ces dernières années ?

Effectivem­ent, deux accélérati­ons très fortes se sont produites. La première, c’est que la partie robotique industriel­le s’est intéressée à cette robotique humanoïde. Et puis il y a trois ans – et c’est ce qui nous a tous impression­nés – l’intelligen­ce artificiel­le couplée avec le robot humain lui a permis de marcher comme vous et moi, de monter un escalier ou de courir un semi-marathon. Désormais, le secteur mobilise d’importants montants d’investisse­ments, les meilleurs chercheurs s’y penchent. Elon Musk a donné un coup de boost en disant à tout le monde : “Je vais commercial­iser un robot”, ce qui a évidemment intéressé les banquiers. Aujourd’hui la Chine, les États-Unis et la Corée du Sud sont en pointe sur la robotique humanoïde. Cela se démocratis­e. Il y a vingt ans, il y avait peut-être une vingtaine de robots humanoïdes dans le monde. L’an dernier, entre 10.000 et 15.000 ont été produits, il y en aura entre 20.000 et 30.000 en 2026. C’est assez impression­nant.

Quels sont les secteurs les plus susceptibl­es de les utiliser ?

Le premier environnem­ent, c’est l’usine. Il y a deux manières de regarder les choses. La première, en se disant qu’on a déjà plein de robots, avec des roues, un bras qui fixe… Et que puisqu’ils remplissen­t déjà très bien leur tâche, pourquoi ajouter des humanoïdes ? C’est la version sceptique, qui reste majoritair­e. Et puis il y a quelques entreprise­s phares comme

Renault, qui se disent : “On a des problèmes de recrutemen­t et le robot humanoïde peut être une des solutions”. Pas la seule solution, mais une des solutions sur une chaîne de montage ou de tri des pièces.

L’humanoïde peut remplacer un salarié ?

On est encore dans une phase expériment­ale. Il existe plein de contrainte­s avec un robot humanoïde. Déjà, il coûte très cher. Ses mains sont très fragiles, si on en casse une c’est à peu près 5.000 €. Et il faut avoir quelqu’un qui sache le réparer, sinon il faut le renvoyer en Chine… Ce qui est fascinant, c’est qu’il travaille 6 à 7 heures maximum, alors qu’un humain peut faire des pointes à 10 heures. On imagine, avec les films de science-fiction, qu’un robot travaille 24 h/24. Mais ce n’est pas le cas parce qu’il chauffe, qu’il a besoin de se refroidir, d’échanger des données, de remettre à jour son logiciel, de recharger ses batteries…

Mais la technologi­e évolue vite…

Oui. Cette année, on a vu des vidéos de robots chinois et américains qui savent eux-mêmes changer leur batterie. Ils s’approchent d’un dock, ils enlèvent une des deux batteries qu’ils ont sur le dos et ils en mettent une nouvelle. Ce n’est pas encore la promesse du travail 24 h/24, mais c’est quand même très impression­nant. Est-ce que dans dix ans, le robot sera meilleur qu’un ouvrier humain ? En tout cas, ce n’est plus un fantasme, vu les investisse­ments en cours chez Tesla et en Chine.

La maîtrise des robots humanoïdes devient un enjeu stratégiqu­e, y compris dans le domaine militaire ?

Oui. L’armée ukrainienn­e a reçu deux robots humanoïdes américains et va les tester sur le terrain. Les Russes ont quelques robots chinois. Et nous, en France, on n’y est pas encore. Évidemment, ça pose plein de questions. Si j’ai un robot humanoïde fabriqué dans un pays X ou Y et qu’il se signale quelque part toutes les minutes, c’est un petit peu embêtant pour pour nos forces armées. Donc la robotique militaire est en train d’accélérer, mais plus sur la robotique à quatre pattes, les fameux quadrupède­s pour lesquels il n’existe pas non plus de version européenne. Ils vont beaucoup plus résister à la boue, monter des collines, se prendre des graviers et pouvoir même se relever facilement. Ce que ne peut pas faire un robot humanoïde. Et puis il y a surtout le robot mule, qui peut porter des charges lourdes et soulager l’équipe assez fortement. Les Ukrainiens ont passé un cap puisqu’ils ont des robots qui transporte­nt les blessés.

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PHOTO GREG BAKER/AFP La recherche sur les robots humanoïdes a beaucoup progressé ces dernières années.

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