SYNDROME POSTHUME
Salieri 1825-2025 ou comment la postérité a fait d’un maître l’esclave de sa réputation. David Christoffel examine le cas en clinicien méticuleux. Depuis l’irremplaçable Antonio Salieri and Viennese Opera de John A. Rice (Chicago University, 1998), la bibliothèque du saliériste ne s’est enrichie que d’ouvrages complémentaires. David Christoffel ne s’inscrit pas dans cette généalogie. Son sujet n’est d’ailleurs pas Salieri mais le syndrome, titre emprunté à un article de l’entrepreneur influenceur CJ Cornell, Salieri Syndrome – The Entrepreneur’s Hidden Nemesis. Ou comment un Kapellmeister qui eut le tort de partager son espace et son temps avec le divin Mozart est devenu son antéchrist. L’étude polymathique dans l’esprit d’un Daniel Charles ou d’une Eveline Andreani déploie chapitre après chapitre l’éventail des griefs – banalité, carriérisme, jalousie, calcul, homicide –, des auteurs – Pouchkine et Shaffer mais aussi Braunbehrens, Hildesheimer, Mauriac, Duquesnoy, Hirt, Vieru, FéretFleury, Yôji Fukuyama, et Lacan et Derrida… –, des médias – presse, roman, essai, théâtre, comédie musicale, cinéma, télévision, peinture, manga, médecine, psychiatrie, philosophie, morale. « Comme l’opposition manichéenne entre Mozart et Salieri tient lieu de matrice pour la déification de Mozart, tous les superlatifs par lesquels Mozart est magnifié sont autant de qualités qui sont retranchées à Salieri. » Si bien qu’inévitablement Le syndrome de Salieri pourrait s’intituler Le Fantôme de Mozart. Ou Les Enchaînés. David Christoffel reste la voix de l’émission indépendante Métaclassique, machine à écouter rare de son espèce. Depuis Les Petits Malins de la grande musique (2023), on le savait auteur. Confirmation par Le syndrome. I.A.A. Le syndrome de Salieri par David Christoffel. Premières Loges, 284 p., 25 €.