La Montagne (Thiers-Ambert)

Slobo a franchi les frontières du réel

Slobo n’est plus. Le peintre installé en Auvergne depuis la fin des années 1960 s’est fait grandement remarquer par sa production inclassabl­e et son désir d’éveiller la curiosité de l’art.

- Pierre-Olivier Febvret Arts · Culture · Serbia · United States of America · Italy · Paris · Nineteen Eighty-Four · Belgrade

Il signait ses toiles « SL. Jevtic » ; en toute logique pour Slobodan Jevtic. Mais pour les intimes et tant d’autres, il était Slobo. L’artiste qui a marqué l’Auvergne comme l’Auvergne l’a marqué – cette région lui rappelant ses terres natales - est mort en fin de semaine dernière. Slobo était né en 1934 à Valjevo, au bord de la rivière Kolubara, dans l’actuelle Serbie. Passionné par le dessin, il a étudié l’architectu­re avant de s’orienter vers la peinture, dès 1957. Diplômé de l’Académie des arts appliqués de Belgrade, spécialisé en scénograph­ie, Slobo séjourne aux États-Unis, en Italie, à Paris oscillant entre le théâtre et le cinéma. En 1969, il s’installe en Auvergne et se consacre à la peinture, devenant une figure incontourn­able de la vie artistique locale, autant par sa production que dans la mise en valeur de celle des autres. Il devient le directeur artistique de l’associatio­n Mouvement d’Art Contempora­in de Chamalière­s entre 1984 et 2014 et participe à la renommée internatio­nale de la

Triennale mondiale de l’estampe et de la gravure originale en assurant le poste de directeur général.

« C’était ça son idée, celle que le monde est fait pour être traversé »

Pendant toutes ces années, il n’a cessé de peindre, peut-être 2.500 tableaux dont une grande quantité dans son atelier, à Ternant, commune d’Orcines, au pied du puy de Dôme. « Mes tableaux sont une perpétuell­e confrontat­ion entre réalité et abstractio­n. Entre figuratif, fantasmati­que et imminence des forces sidérales. Un travail où les explosions de matière expriment la puissance des forces cosmiques », expliquait Slobo en évoquant sa production hantée d’horizons galactique­s, mélange de fantastiqu­e, d’ésotérisme, d’onirisme et de baroque. Après avoir tutoyé les astres et les dieux, il a finalement cherché l’inspi

ration au coeur des paysages, dans sa nature comme dans ses forteresse­s. Pour sa fille Anouk, « objectivem­ent, il n’entre dans aucune école, style ou genre. Il est inclassabl­e, ce qui explique qu’il n’a pas trouvé sa place dans des galeries ou des musées qui aiment tant les catégories. Mais il a tenu ça toute sa carrière ; il a tenu cette sincérité dans la peinture jusqu’au bout… Il avait des peintures en projet jusqu’à l’année dernière. Elles sont esquissées, prêtes à être peintes. Ce n’est pas ici que le regard d’une fille : il y a quelque chose de sincère

en tout chez lui. Et cette sincérité comme cette profonde bienveilla­nce vis-à-vis des gens, vis-à-vis de nous, elles étaient présentes jusqu’au dernier jour. »

« Papa n’a jamais fait de gravure »

Slobo avait le sens de la transmissi­on, toujours soucieux d’éveiller la curiosité de l’art auprès d’un maximum de personnes, notamment grâce à la Triennale mondiale de l’estampe. « C’est un médium qui n’était pas du tout son médium.

Papa n’a jamais fait de gravure, insiste la fille de Slobo. Mais il avait trouvé dans ce petit format une manière de rassembler très large. C’était important pour lui l’internatio­nalité, l’idée que le monde entier se retrouve ainsi à Chamalière­s. Il n’a jamais arrêté de bouger. Toute petite, il m’avait offert une mappemonde, très belle avec le nom des chaînes montagneus­es, des volcans, des lacs… mais sans aucune frontière dessinée. C’était ça son idée, celle que le monde est fait pour être traversé. C’était en lui. »

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slobo, en 2017, à l’occasion de l’exposition qui lui était entièremen­t consacrée salle gaillard, à clermont-Ferrand. photo Jean-Louis gorce

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